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je veux savoir questions sur la langue, la littrature et la culture franaise et francophone

 
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2014-07-06, 12:20
 

       
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La langue littraire, le Franais et lexprience de lcriture Kangni ALEM





Kangni ALEM
La langue littraire, le Franais et lexprience de lcriture

Kangni ALEM
crivain
Nous proposons de nommer francophonien,
cette langue littraire
que les crivains vont extraire
du croisement du franais dorigine
avec les limons locaux.

Pab Mongo, La Nolica, p.124.
Dans son essai intitul La Nolica : du maquis la cit1, qui se veut le manifeste pdagogique et critique dune nouvelle littrature camerounaise, lcrivain et universitaire camerounais Pab Mongo passe en revue les anciennes gloires de la littrature nationale et tente de mettre jour ce qui sy joue en termes de mutations invisibles. Il distingue trois phases dans le processus littrature, lancienne littrature (littrature du maquis), la pseudo nouvelle littrature (la littrature du tout-venant) et convoque tmoin,pour boucler la thorie, les critures ambassadrices du Cameroun, quil qualifie dun terme qui me parat quivoque : la lgion trangre. Et cest cette lgion dite trangre, prestigieuse et excentre, internationalement reconnue que lauteur rige en modle, mme sil distribue au passage ses illustres reprsentants quelques voles de bois vert, eu gard leur pratique russie ou non de ce quil nomme le francophonien, qui serait la langue rve de lcrivain africain francophone, une sorte desperanto aux contours insuffisamment illustrspar la thorie.Nous ne sommes pas loin ici dune ide rpandue, celle dune sorte debruissement des langues, lintrieur de la langue de lcrivain africain francophone. Une ide qui me semble porteren elle-mmeune contradiction parfois, lorsque je lanalyse en tant qucrivain.
En effet, si le Franais est devenu une langue africaine comme on aime le proclamer2, pourquoi donc sattache-t-on autant opposer les crivains qui en feraient un usage classique ceux qui la tropicaliseraient ou la malinkinseraient ? Le Camerounais Patrice Nganang moquait son contemporain tchadien, le pote Nimrod, qualifi par lui d auteur mort , cest--dire crivant au XXe sicle comme un auteur du XVIIe ! Retour de manivelle, pourtant, quand Pab Mongo analyse la pratique linguistique du mme Patrice Nganang, dans le cadre de son roman Temps de chien : Nganang crit Pabdique sa fonction de traiteur de langue pour se nourrir exclusivement du crachin du peuple. (Il) a tellement pris le large avec la langue mre quil est oblig de traduire le franais aux francophones. (MONGO :2005, 159-160).
Lultime pied de nez de la langue littraire elle-mme un discours qui ftichise la tropicalisation est visible dans les expriences rates de traduction de certaines grandes uvres de la littrature africaine. Comme ce fut le cas du roman Sozaboydu Nigerian Ken Saro-Wiwa,publi Paris chez Actes Sud, dans la traduction de deux enseignants burkinab, Millogo et Bassiri. Un travail o les deux profs de linguistique ont privilgi lapproche technique au dtriment de la respiration propre dun texte crit en rotten-english , mlange de pidgin, danglais classique, bref une libert langagire propre Ken Saro-Wiwa, Sozaboypar Millogo et Bassiriest un roman aussi illisible que la pice de thtre de Wole Soyinka, The Road, traduit en franais! Rien voir avec la traduction inspire par Queneau de lIvrogne dans la brousse dAmos Tutuola, croire que lintention des traducteurs tait de fournir un exemple suivre des linguistes et non des lecteurs. En France, la flagornerie habituelle de la critique a salu un vnement, mais en ralit quand on interroge les lecteurs de base, tous avouent ne trouver aucun plaisir la langue bidouille duSozaboytraduit. En cause, mon avis, la substitution trop binaire du Franais dAbidjan et de Ouagadougouau rotten english !
Ce dernier exemple recentre le problme de la langue. Tout en accentuant la contradiction laquelle je faisais allusion, il repose la question de la langue littraire, qui elle-mme est insparable de lhistoire de la littrature, de sa gense en tant que discipline particulire. A partir de mon exprience dcrivain pratiquant la langue franaise et y rflchissant dans le processus mme de la cration,je vais tenter de proposer quelques rponses qui ne rsolvent pas forcment la contradiction releve, mais en prcisent la complexit. Cest dire que ma rflexion porte essentiellement sur mon rapport la langue de cration.
Du Franais
Je ne suis pas arriv lcriture par ma langue maternelle, mais bel et bien par la langue apprise lcole. Or contrairement ce que les critiques peuvent penser,laccs la langue franaise de la plupart des crivains francophones a toujours fonctionn dans un environnement multilingue. Ce quon appelle le Franais de lcole nexiste, donc, que par rapport au Franais de la rue. Norme, cart. Limprgnation est relle, insidieuse, la preuve tout leffort de nos enseignants aura t denous inculquer la matrise du Franais de lcole, grammaticale dans son essence.
Jinsiste sur la ralit grammaticale de cette langue apprise, pour mettre en vidence le choc de lexprience de la lecture, et laccs une nuance importance de la langue apprise.Apprendre le Franais, cest dcouvrir que le formatage de lcole est mis rude preuve parla dcouverte de la multiplicit des usages. Les livres de lecture scolaires, cet gard, accentuent davantage le malaise. Ils proposent des extraits de texte qui mritent attention.
La plupart du temps, sous leffet dun discours idologique massif, les textes de lcole primaire vitent systmatiquement la rudesse de la langue de France. On calibre au maximum la langue, comme si les experts de lEnseignement Primaire taient conscients du poids culturel trop marqu des extraits qui seraient pris uniquement chez un De La Fontaine, un Robert Desnos. Les laboratoires de lEducation Nationale, dfaut de trouver des textes du niveau de LEnfant Noir de Camara Laye, fabriquent dessein des extraits fort relent national. Le rsultat est intressant, la langue franaise apparat re-culturalise, re-contextualise, et dans le phnomne dacquisition de la lecture ce nest pas forcment d emoindre effet.
Lcole fonctionnant par tape, celle du secondaire se rvle plus surprenante encore. Les manuels prennent de la densit, les textes dpassent la simple dimension grammaticale pour atteindre une autre dimension plus littraire.Mais reste pour le futur crivain un mystre claircir : pourquoi le Franais de lcole lui-mme est-il aussi vari, tout autant plus que le Franais de la rue ? Le dilemme, par consquent, nest plus celui dun simple apprenant dune langue coloniale, mais bel et bien celuidun manipulateur de langues.
Ici rapparat, aux yeux du futur crivain, lintuition forte que par-del la langue de la rue et la langue de lcole, par-del la norme et lcart, la langue littraire possde sa logique propre.
De la langue littraire
Tout crivain francophone dAfrique a dj entendu une fois dans sa carrire son interlocuteur stonner de la manire dcrire des Africains. Il est un mythe tenace, celui de lcrivain baroque dont la pratique serait destine renouveler la langue franaise. Jusquen 2007, anne o la profession de foi a disparu des livres de la Collection Continents Noirs, les ditions Gallimard en France proclamaient ouvertement cette mystique-l :

Les critures africaines, dAfrique Noire et de sa diaspora, chargs de la primitive puissance cratrice et prenant [la] relve, jouent magiquement des mtaphores et des mtamorphoses, sont pleines de libert, de grce rebelle, dinvention, de force, sans joug dans les mises en joue des mots, de cette fluidit langagire et syntaxique souvent perdue en France et en Europe depuis le XVIIe sicle. (Texte de prsentation).
Un lieu commun qui ressemble plus une gnralisation qu une vrit partage, tant la ligne de partage est claire entre les auteurs francophones africains qui publiaient dans la collection Continents Noirs. Certes, lcrivain francophone dAfrique nest pas le seul souffrir de ces glissements. Latino-amricain de souche syrienne, ou Turc , comme on dsigne tous ceuxqui arrivent du Moyen-Orient, Juan Jos Saer3 est lun des crivains argentins les plus apprcis, aprs Jorge Luis Borges et Julio Cortázar. Il rside en France depuis plus de trente ans, et proclame qu un pays nest pas une essence vnrer ni une srie de problmes dbrouiller . De mme, il refuse toute forme de rgionalisme, et de rel merveilleux, presque automatiquement attach aux crivains latino-amricains4. Pour un latino-amricain, la limite, la chose sentend mieux quand il proteste. Lcrivain originaire dAfrique, victime encore plus quun autre des automatismes de la critique littraire, a de la peine, lui, clarifier sa position vis--vis des intentions quon prte volontiers son uvre : criture baroque, flamboyante, ensoleille, etc.,. Nest-il pas baroque, par dfinition, par essence ou propension ? Il a beau se rebiffer, on lui opposera Sony Labou Tansi, lcrivain congolais admirateur dclar des auteurs latino-amricains, celui dont luvre porte gnralement lempreinte duncertain tropisme lhyperbole, ou Ahmadou Kourouma, lhomme qui a fait entrer le malinkdans la langue franaise ! Lcrivain africain aurait tropicalis la langue, il crirait du francofonien, langue vivante par exemple dun Nganang en opposition la langue morte dun Nimrod !
Tous ces discours fonctionnent en vase clos, sauf quils dfinissent dsormais la norme comme tant occidentale, et lcart comme africain ou, ce que propose un Pab Mongo, comme francofonien.
Par-del les questions de la norme de lcart, il reste que lexprience approfondie de la dmarche de lcriture chez les auteurs pourrait faire dcouvrir aux analystes de la prose littraire francophoneune ralit quils minimisent. Si lon part du principe que luvre littraire est une conqute permanente, une bataille avec la phrase qui exprimerait le mieux limaginaire de lauteur, on conviendrait aisment que la langue de lcrivain se cre au fur et mesure que cette uvre se constitue. Je veux dire, la langue littraire elle-mme est une construction qui tend lautonomie de lidiome, quel quil soit. La langue littraire de lcrivain francophone dpasse le juste milieu que lcrivain franais Andr Gide prnait dans les annes vingt, lorsquil exprimait le vu que la grammaire de lcrivain soit la fois laboratoire et conservatoire5.
Sur trois romans publis ce jour ( Cola cola Jazz, Canailles et charlatans, ********), je crois avoir expriment trois types de rapport avec la langue franaise.
De Cola cola Jazz (Dapper, 2002), la critique a pu parler dcriture baroque, vu que la langue du roman se prsentait comme un mlange de deux oralits, en particulier celle de lajeune franaise Hlose, banlieusarde au franais chatoyant, et celle de Parisette, sa demi-sur africaine utilisant un Franais qui est lui-mme un mlange du Franais dcole et du Franais de la rue africaine.Sans compter que le projet dudit roman tait aussi de joueravec les phrases,avec lide dune orchestration musicale base sur le fonctionnement dun orchestre de jazz, ainsi que la critique a tent de lexpliciter6, le chef dorchestre tant remplac par une voie tierce, en bmol, la voix du Narrateur sans qualit . Deux ans plus tard, poursuivant le rcit avec Hlose, cette fois-ciseule dans Canailles et charlatans (Dapper, 2004), jai modifi considrablement la langue de la narratrice, devenue plus apaise du fait de lge et du recul par rapport la vie, lhistoire de ses parents et de la sienne propre. A psychologie violente, bouscule, en proie aux interrogations ( Cola cola Jazz) correspond un langage heurt, limoneux par endroits, improvis, un peu dans la tradition du Free Jazz. A psychologie apaise correspond un langage apais et presque mditatif. La diffrence de langage entre les deux romans a dailleurs paru surprendre certains lecteurs, qui ont avou avoir t du par le changement de registre dans lintervalle de temps que la fiction a assign la narratrice pour revenir sur ses traces, et terminer sa qute des origines.
Ce choix binaire na dexplication que dans le choix de procder ainsi, puisque la norme, seule lauteur la dfinit dans le processus de lcriture. Elle peut relever tout autant de la psychologie que du social outout simplement du contexte de la langue elle-mme, comme cest le cas dans ******** (JC Latts, 2009), un roman qui campe lhistoire et le dcor dans la seconde moiti du 19e sicle, dans la colonie portugaise du Brsil et dans le royaume du Danhom. La langue de la narration puise sa syntaxe dans la grammaire du sicle, dans le phras des envoles nobiliaires, et nvite point les longues priodes prcieuses.

Le roi du Portugal est mon frre ; cest donc lui que je dois me plaindre des mauvaises choses que font les Portugais dans mon pays. Envoyez-moi un gouverneur pourle fort portugais, parce que sil y a un gouverneur au fort, si je dsire quelque chose, je lui demande, et sil veut quelque chose galement, il doit me le demander. Leslieutenantssont trs ridicules et ne sont pas des gens de bien Ami, le roi du Danhom. (********, p. 96.)
A la cour du roi Adandozan, en ces temps-l, on ne sexprimait pas comme dans les rues de Lom ou de Cotonou en plein 21e sicle !
En attendant de conclure
Pour lcrivain francophone que je suis, et en attendant le tempsde la popularisationdes critures dans les langues africaines7, le Franais reste la langue de connaissance dune Afrique moderne et mtisse, telle que la fiction pourrait la raconter. Ce nest pas un projet facile. Sa pratique, depuis les annes o je suis entr en littrature jusqu aujourdhui na jamais fait fi totalement des rsurgences dune certaine oralit. Je veux dire ceci : dun livre lautre, je crois que la plus grande conqute que jai jamais faite dans lutilisation du Franais demeure la matrise de ses respirations parles, qui elles, sont incroyables. Au quotidien, je vis continuellement entre le Togo et la France, et je parle plusieurs Franais. Pas tonnant donc que chaque fois que je prends le stylo pour dmarrer un texte, la polyphonie guette mon langage. Mais que vaut la polyphonie sans une discipline linguistique ? Or, la seule discipline qui existe pour un auteur francophone, je crois, est de se dire quil ncrira jamais comme Hugo ni Flaubert mais simplement comme un auteur francophone. LHistoire est passe par l, et elle a son poids !

1
Pab Mongo, La Nolica (La Nouvelle Littrature Camerounaise). Du maquis la cit, Yaound, Presses Universitaires de Yaound, 2005.
2
Lide tiendrait compte de la ralit de la pluralit linguistique dans la communautfrancophone africaineet de lusage direct de la langue en situationutilitaire,autre que scolaire. Cf. Jean-Louis Roy, Quel avenir pour la langue franaise ? Francophonie et concurrence culturelle au XXIe sicle, Montreal, d. Hurtubise, 2008, p. 173 et sq.
3
Auteur entre autres de ; Cicatrices, Seuil, Paris, 2003 :Lieu, Seuil, 2003 ; Lignes du Quichotte , Paris, Verdier, 2003.
4
Ramón Chao, Argentine dchire. Le possible et lincertain ,Le Monde Diplomatique, Avril 2003, p. 30.
5
Gilles Phillipe et Julien Piat (dir.), La languelittraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert Claude Simon, Paris, Fayard, 2009.
6
Cf. Robert Fotsing Mangoua (dir.), Limaginairemusicaldans les littratures africaines, Paris, Yaound, LHarmattan Cameroun, 2009.
7
On est loin du temps o un certain Robert Cornevin pouvait dclarer dans le journal ivoirien Fraternit Matin(1erAvril 1980, p. 13) : La littrature africaine crite en langues africaines, cest la rigolade, elle ne peut tre quune littrature subalterne. Beaucoup dencre a coul sous le pont des languesafricaines, cf. par exemple ltude dirige par Xavier Garnier et Alain Ricard, Leffet roman. Arrive du roman dans les langues dAfrique, Itinraires et Contacts de cultures, vol. 38, Universit Paris 13, LHarmattan, 2006.
Per citare questo articolo:
Kangni ALEM, La langue littraire, le Franais et lexprience de lcriture, Repres DoRiF n. 2 Voix/voies excentriques: la langue franaise face l'altrit - volet n.1 - novembre 2012 - LES FRANCOPHONIES ET FRANCOGRAPHIES AFRICAINES FACE A LA RÉFÉRENCE CULTURELLE FRANÇAISE , November 2012, http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?id=38





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