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c3 Rousseau/Voltaire





Rousseau
Discours sur l'origine de l'ingalit
...1755

Le premier qui ayant enclos un terrain s'avisa de dire : Ceci est moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la socit civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misres et d'horreurs n'et point pargns au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le foss, et cri ses semblables : "Gardez-vous d'couter cet imposteur ; vous tes perdus si vous oubliez que les fruits sont tous et que la terre n'est personne!" Mais il y a grande apparence qu'alors les choses en taient dj venues au point de ne plus pouvoir durer comme elles taient : car cette ide de proprit, dpendant de beaucoup d'ides antrieures qui n'ont pu natre que successivement, ne se forma pas tout d'un coup dans l'esprit humain : il fallut faire bien des progrs, acqurir bien de l'industrie et des lumires, les transmettre et les augmenter d'ge en ge, avant que d'arriver ce dernier terme de l'tat de nature. [...] La mtallurgie et l'agriculture furent les deux arts dont l'invention produisit cette grande rvolution. Pour le pote, c'est l'or et l'argent, mais pour le philosophe ce sont le fer et le bl qui ont civilis les hommes, et perdu le genre humain.

Voltaire :
Questions sur l'Encyclopdie
(1770)

Ainsi, selon ce beau philosophe, un voleur, un destructeur aurait t le bienfaiteur du genre humain; et il aurait fallu punir un honnte homme qui aurait dit ses enfants : "Imitons notre voisin, il a enclos son champ, les btes ne viendront plus le ravager ; son terrain deviendra plus fertile; travaillons le ntre comme il a travaill le sien, il nous aidera et nous l'aiderons. Chaque famille cultivant son enclos, nous serons mieux nourris, plus sains, plus paisibles, moins malheureux. Nous tcherons d'tablir une justice distributive qui consolera notre pauvre espce, et nous vaudrons mieux que les renards et les fouines qui cet extravagant veut nous faire ressembler."
Ce discours ne serait-il pas plus sens et plus honnte que celui du fou sauvage qui voulait dtruire le verger du bonhomme ?
Quelle est donc l'espce de philosophie qui fait dire des choses que le sens commun rprouve du fond de la Chine jusqu'au Canada ? N'est-ce pas celle d'un gueux qui voudrait que tous les riches fussent vols par les pauvres, afin de mieux tablir l'union fraternelle entre les hommes ?





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: Rousseau : Discours sur l'origine de l'ingalit (1755

Suite
En 1755, Rousseau participe nouveau au concours de l'Acadmie de Dijon pour rpondre, cette fois, une question plus politique ("Quelle est l'origine de l'ingalit parmi les hommes et si elle est autorise par la loi naturelle ?") et envoie son discours Voltaire. Celui-ci lui rpond, sur le ton que nous apprcierons, songeant d'ailleurs plus rfuter les arguments du premier Discours. La rponse de Rousseau, tmoignage vident de l'admiration qu'il ressent pour le grand homme, ouvre nanmoins les hostilits
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sous trouverez ci_dessous les deux letrres
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: Rousseau : Discours sur l'origine de l'ingalit (1755

LETTRE de ROUSSEAU aot 1755
J'ai reu, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain, et je vous en remercie. Vous plairez aux hommes, qui vous dites leurs vrits, et vous ne les corrigerez pas. On ne peut peindre avec des couleurs plus fortes les horreurs de la socit humaine, dont notre ignorance et notre faiblesse se promettent tant de consolations. On n'a jamais employ tant d'esprit vouloir nous rendre btes; il prend envie de marcher quatre pattes, quand on lit votre ouvrage. Cependant, comme il y a plus de soixante ans que j'en ai perdu l'habitude, je sens malheureusement qu'il m'est impossible de la reprendre, et je laisse cette allure naturelle ceux qui en sont plus dignes que vous et moi. Je ne peux non plus m'embarquer pour aller trouver les sauvages du Canada; premirement, parce que les maladies dont je suis accabl me retiennent auprs du plus grand mdecin de l'Europe, et que je ne trouverais pas les mmes secours chez les Missouris, secondement, parce que la guerre est porte dans ces pays-l, et que les exemples de nos nations ont rendu les sauvages presque aussi mchants que nous. Je me borne tre un sauvage paisible dans la solitude que j'ai choisie auprs de votre patrie, o vous devriez tre.
Je conviens avec vous que les belles-lettres et les sciences ont caus quelquefois beaucoup de mal. Les ennemis du Tasse firent de sa vie un tissu de malheurs, ceux de Galile le firent gmir dans les prisons, soixante et dix ans, pour avoir connu le mouvement de la terre ; et ce qu'il y a de plus honteux, c'est qu'ils l'obligrent se rtracter. Ds que vos amis eurent commenc le Dictionnaire encyclopdique, ceux qui osrent tre leurs rivaux les traitrent de distes, d'athes et mme de jansnistes. [...]
De toutes les amertumes rpandues sur la vie humaine, ce sont l les moins funestes. Les pines attaches la littrature et un peu de rputation ne sont que des fleurs en comparaison des autres maux qui de tout temps ont inond la terre. Avouez que ni Cicron, ni Varron, ni Lucrce, ni Virgile, ni Horace n'eurent la moindre part aux proscriptions. Marius tait un ignorant; le barbare Sylla, le crapuleux Antoine, l'imbcile Lpide lisaient peu Platon et Sophocle ; et pour ce tyran sans courage, Octave Cpias, surnomm si lchement Auguste, il ne fut un dtestable assassin que dans le temps o il fut priv de la socit des gens de lettres.
Avouez que Ptrarque et Boccace ne firent pas natre les troubles de l'Italie ; avouez que le badinage de Marot n'a pas produit la Saint-Barthlemy et que la tragdie du Cid ne causa pas les troubles de la Fronde. Les grands crimes n'ont gure t commis que par de clbres ignorants. Ce qui fait et fera toujours de ce monde une valle de larmes, c'est l'insatiable cupidit et l'indomptable orgueil des hommes, depuis Thamas-Kouli-Kan, qui ne savait pas lire, jusqu' un commis de la douane qui ne sait que chiffrer. Les lettres nourrissent l'me, la rectifient, la consolent ; elles vous servent, Monsieur, dans le temps que vous crivez contre elles : vous tes comme Achille, qui s'emporte contre la gloire, et comme le P. Malebranche, dont l'imagination brillante crivait contre l'imagination.
Si quelqu'un doit se plaindre des lettres, c'est moi, puisque dans tous les temps et dans tous les lieux elles ont servi me perscuter ; mais il faut les aimer malgr l'abus qu'on en fait, comme il faut aimer la socit dont tant d'hommes mchants corrompent les douceurs ; comme il faut aimer sa patrie, quelques injustices qu'on y essuie ; comme il faut aimer l'Etre suprme, malgr les superstitions et le fanatisme qui dshonorent si souvent son culte.
M. Chappuis m'apprend que votre sant est bien mauvaise; il faudrait la venir rtablir dans l'air natal, jouir de la libert, boire avec moi du lait de nos vaches, et brouter nos herbes.
Je suis trs philosophiquement et avec la plus grande estime, etc.

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: Rousseau : Discours sur l'origine de l'ingalit (1755

REPONSE [A VOLTAIRE]
septembre 1755

C'est moi, Monsieur, de vous remercier tous gards. En vous offrant l'bauche de mes tristes rveries, je n'ai point cru vous faire un prsent digne de vous, mais m'acquitter d'un devoir et vous rendre un hommage que nous vous devons tous comme notre chef. Sensible, d'ailleurs, l'honneur que vous faites ma patrie, je partage la reconnaissance de mes concitoyens, et j'espre qu'elle ne fera qu'augmenter encore, lorsqu'il auront profit des instructions que vous pouvez leur donner .[...]
Vous voyez que je n'aspire pas nous rtablir dans notre btise, quoique je regrette beaucoup, pour ma part, le peu que j'en ai perdu. A votre gard, monsieur, ce retour serait un miracle, si grand la fois et si nuisible, qu'il n'appartiendrait qu' Dieu de le faire et qu'au Diable de le vouloir. Ne tentez donc pas de retomber quatre pattes; personne au monde n'y russirait moins que vous. Vous nous redressez trop bien sur nos deux pieds pour cesser de tenir sur les vtres.
Je conviens de toutes les disgrces qui poursuivent les hommes clbres dans les lettres; je conviens mme de tous les maux attachs l'humanit et qui semblent indpendants de nos vaines connaissances. Les hommes ont ouvert sur eux-mmes tant de sources de misres que quand le hasard en dtourne quelqu'une, ils n'en sont gure moins inonds. D'ailleurs il y a dans le progrs des choses des liaisons caches que le vulgaire n'aperoit pas, mais qui n'chapperont point l'il du sage quand il y voudra rflchir. Ce n'est ni Trence, ni Cicron, ni Virgile, ni Snque, ni Tacite; ce ne sont ni les savants ni les potes qui ont produit les malheurs de Rome et les crimes des Romains : mais sans le poison lent et secret qui corrompait peu peu le plus vigoureux gouvernement dont l'histoire ait fait mention, Cicron ni Lucrce, ni Salluste n'eussent point exist ou n'eussent point crit.[...] Le got des lettres et des arts nat chez un peuple d'un vice intrieur qu'il augmente; et s'il est vrai que tous les progrs humains sont pernicieux l'espce, ceux de l'esprit et des connaissances qui augmentent notre orgueil et multiplient nos garements, acclrent bientt nos malheurs. Mais il vient un temps o le mal est tel que les causes mmes qui l'ont fait natre sont ncessaires pour l'empcher d'augmenter; c'est le fer qu'il faut laisser dans la plaie, de peur que le bless n'expire en l'arrachant. Quant moi si j'avais suivi ma premire vocation et que je n'eusse ni lu ni crit, j'en aurais sans doute t plus heureux. Cependant, si les lettres taient maintenant ananties, je serais priv du seul plaisir qui me reste. C'est dans leur sein que je me console de tous mes maux : c'est parmi ceux qui les cultivent que je gote les douceurs de l'amiti et que j'apprends jouir de la vie sans craindre la mort.[...]
Recherchons la premire source des dsordres de la socit, nous trouverons que tous les maux des hommes leur viennent de l'erreur bien plus que de l'ignorance, et que ce que nous ne savons point nous nuit beaucoup moins que ce que nous croyons savoir. Or quel plus plus sr moyen de courir d'erreurs en erreurs, que la fureur de savoir tout ? Si l'on n'et prtendu savoir que la Terre ne tournait pas, on n'et point puni Galile pour avoir dit qu'elle tournait. Si les seuls philosophes en eussent rclam le titre, l'Encyclopdie n'et point eu de perscuteurs. [...]
Ne soyez donc pas surpris de sentir quelques pines insparables des fleurs qui couronnent les grands talents.[...]
Je suis sensible votre invitation; et si cet hiver me laisse en tat d'aller au printemps habiter ma patrie, j'y profiterai de vos bonts. mais j'aimerais mieux boire de l'eau de votre fontaine que du lait de vos vaches, et quant aux herbes de votre verger, je crains bien de n'y en trouver d'autres que le Lotos, qui n'est pas la pture des btes, et le Moly qui empche les hommes de le devenir.
Je suis de tout mon cur et avec respect, etc
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: Rousseau/Voltaire

Les deux hommes par leur style


L'ARME POLEMIQUE :
Voltaire :
on pense l'ironie mordante, parfois un peu facile et superficielle (Lettre Rousseau). Elle est rvlatrice d'un temprament satirique et railleur, mais aussi d'un certain sectarisme (ainsi dans la constante dnaturation des thses de l'adversaire).
Rousseau : celui-ci privilgie l'argumentation rhtorique et les procds oratoires (Prosopope de Fabricius) qui lvent le dbat au-dessus des personnes. Visiblement mal l'aise dans l'esprit que requiert l'change pistolaire avec Voltaire, il est nanmoins capable de se mettre son niveau (Rponse Voltaire).


LES RESSOURCES DE L'EXEMPLE :
Voltaire :
le choix constant d'exemples historiques est rvlateur de son pragmatisme. C'est dans les faits que Voltaire va chercher la justification de ses principes, contre les mythes ou les ides reues (Lettre Rousseau, Le Mondain). Emprunts au domaine conomique ou quotidien, ces exemples trahissent aussi sa mfiance l'gard de la mtaphysique (Pome sur le dsastre de Lisbonne).
Rousseau : ddaigneux des dtails et des ralits concrtes (Lettre sur la Providence), il se lance volontiers dans le pangyrique ou la diatribe morale que lui inspire l'Antiquit (Prosopope de Fabricius), voire dans une rverie mythologique aux accents empreints de lyrisme (Discours sur l'ingalit).


LA TONALITE DU DISCOURS :
Voltaire :
une nettet un peu sche et railleuse, sobre d'effets, affermit la position personnelle (Lettre Rousseau). Le choix de la posie didactique laisse transparatre quelque motion ou quelque tendance au pessimisme (Pome sur le dsastre de Lisbonne).
Rousseau : le choix de genres antiques (prosopope, discours) convient l'expression de l'indignation morale. Cette prose oratoire et volontiers injonctive est toute pntre de prceptes (Prosopope de Fabricius, Lettre sur la Providence).

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