:






  : > > > > librairie des programmes ducatifs franais


librairie des programmes ducatifs franais librairie des programmes ducatifs franais contenant leslogiciels les multimdias concernant l'apprentissage du franais

 
  : ( 1 )  
2014-04-17, 15:49
 

       
: 12994
: Oct 2009
:
:  male
:
: 35,982 [+]
: ()
: 18732
:   has a reputation beyond repute   has a reputation beyond repute   has a reputation beyond repute   has a reputation beyond repute   has a reputation beyond repute   has a reputation beyond repute   has a reputation beyond repute   has a reputation beyond repute   has a reputation beyond repute   has a reputation beyond repute   has a reputation beyond repute
Lenseignement du franais au Maroc, trve de relativisme culturel





http://trema.revues.org/155


Lenseignement du franais au Maroc, trve de relativisme culturel





Rsums



Lenseignement du franais connat, depuis prs de cinq ans un vritable renouveau. La littrature franaise a t autorise franchir le seuil des collges et des lyces. Or ce retour sest effectu dans des conditions telles que sa porte intellectuelle et culturelle semble tre dores et dj compromise. La rduction des objectifs de lenseignement du franais des fonctions platement instrumentales correspond la volont dinstaurer un mode de rception cadr, contrl, o la libre expression individuelle est bride.


Texte intgral

PDF

PDF Signaler ce document
1Aprs plusieurs annes de discours alarmistes sur le niveau de lenseignement au Maroc, on parle volontiers, depuis la publication de la Charte Nationale dÉducation et de Formation en 1999, dun renouveau possible. Les notions de qualit , voire dexcellence sont omniprsentes dans les titres des innombrables colloques et autres congrs, organiss aussi bien par le Ministre de lÉducation Nationale, les Acadmies et les Universits que par diffrentes associations denseignants intgrs des rseaux internationaux d experts . Le chantier de la dcennie que constitue la Rforme a, incontestablement, impuls une dynamique de rflexion sans prcdent.
2Il nous semble nanmoins quun dcalage existe entre ce vaste mouvement de manifestations officielles, le foisonnement apparent dides et de recommandations et la force intellectuelle potentielle en attente dorientation, de structuration, denrichissement, douverture que lon peroit chez les enseignants, chez les lves et chez les tudiants.
3Emports par le charme quivoque des chafaudages thoriques proposs par une modernit soucieuse de construire une conomie plantaire de lenseignement et de la formation, nous importons, en les mimant, des orientations didactiques et des programmes pdagogiques sans que soient entreprises des recherches pralables dadaptabilit. Les questions lies lenseignement des langues et de la littrature telles que la dlimitation des savoirs culturels ou lutilit de lenseignement de la littrature, qui impliquent des interrogations philosophiques sur la place que doit occuper lindividu dans son environnement social, conomique et politique, sont soigneusement passes sous silence. Les discours officiels feignent dignorer la nature du terrain et vitent le travail dajustement entreprendre en amont des rformes. Cette incapacit dpasser des paradoxes convenus freine toute dynamique de recherche et contraint les enseignants prenniser les modles existants, dautant que la rforme na pas vritablement prvu de plan de formation continue ni mme de refonte de la formation initiale. Les nouveaux programmes, vous se plier des habitudes de travail antrieures, ont t adopts sans aucun signe de contestation. Laction pdagogique sest ainsi trouve, de nouveau, dun ct, fige en une raideur doctrinale dcale et, de lautre, greve dautomatismes lourdement ancrs aux confins de laire difficilement pntrable o les choix ducatifs croisent le social et le politique en un jeu informel, complexe et, nanmoins, dcisif.
4Prenons lexemple de lenseignement des langues dans le cycle secondaire qualifiant et, en particulier, celui du franais.
  • 1 Rapport de la COSEF sur la mise en uvre de la rforme du systme dducation et de formation (1999 (...)
5Et partons du bilan publi par la Commission Spciale Éducation - Formation dans le rapport qui clture son mandat et qui contient une valuation dtaille des quatre premires annes de la Rforme1.
La question des langues est communment reconnue comme un facteur structurel de la crise de lcole en raison de lincohrence des choix qui ont longtemps prvalu aussi bien en matire de langues denseignement quen matire denseignement des langues ; des choix qui se sont traduits le plus souvent par une faible matrise des langues par les lves et les tudiants. Que ce soit la langue arabe, ou les autres langues trangre, le niveau linguistique des tudiants reste globalement faible tant au niveau de lcrit que de lexpression orale. []
Deux problmes importants demeurent particulirement proccupants : dune part le dphasage linguistique entre le secondaire o lessentiel des enseignements se fait en langue arabe et le suprieur o larabisation na concern quune partie des sciences humaines lexclusion des autres champs scientifiques, technologiques et professionnels, dautre part entre la langue denseignement qui est larabe et les langues exiges dans la vie professionnelle.
6La crise de lcole est formellement reconnue et elle est, en ce qui concerne son versant pdagogique, officiellement relie lincohrence des choix ayant prvalu en matire damnagement linguistique scolaire.
7Cet acte de reconnaissance officielle est, en soi, une vritable rvolution.
8Reste analyser les ralisations effectives des orientations pdagogiques prnes par la rforme
  • 2 A la rentre de septembre 2002, les professeurs de franais exerant dans le cycle secondaire quali (...)
9Deux principes innovants majeurs structurent les nouvelles recommandations : lenseignement du franais par luvre littraire2 et la pdagogie par comptences. Ces deux lignes de force, que rien ne relie a priori, se justifient en raison de la prdominance, au niveau des discours officiels, de deux matrices disciplinaires imposes par les projets de mondialisation de la formation : louverture culturelle , et la littrature constitue une mmoire patrimoniale incontestable, et lefficience en matire de savoirs professionnels, identifiable partir de grilles de connaissances inductives, dfinies sur la base de modles prforms de comptences .

  • 3 Rapport de la COSEF
10Le fait est quaprs prs de cinq annes dapplication des nouveaux programmes, les valuations et les tests effectus aux diffrents niveaux et cycles du systme attestent toujours dune faible matrise des langues3.

  • 4 Qui concerne en particulier la matrise du franais.
11Il nous semble que ce dficit en comptences linguistiques4 est, en grande partie, imputable, non pas tant au caractre inadapt des choix pdagogiques effectus, qu ce que nous nous permettrons dappeler une force centripte dacclimatement . Labsence dune dynamique de rflexion et de recherche, manant de pratiques pdagogiques effectives, met les enseignants dans un tat de fragilit intellectuelle tel quils en sont rduits adapter, de faon isole, les consignes qui leur sont donnes, servant ainsi toutes sortes dinstrumentalisations. Lviction de la littrature au profit des documents authentiques est, ce propos, un exemple significatif. Elle fut justifie au nom dun argument anthropologique diffus : la substance culturelle des textes serait trop loigne des reprsentations des lves et entraverait, de ce fait, la matrise de la langue. Le mme motif sert dsormais un choix strictement contraire : le retour de la littrature garantit une meilleure matrise de la langue, mais il est ncessaire de standardiser le corpus des uvres au programme lchelle nationale. Aucune preuve scientifique na t construite afin dentriner lun ou lautre choix. Lnonc intuitif dune diversit de modles culturels, indfinis, suffit. La littrature charrierait des codes moraux et des murs sociales susceptibles de brouiller lidentit nationale , on en assure le contrle par lunification du programme des uvres.

12Des stratgies implicites de rsistance au changement structurent le terrain et entravent le processus dinstallation et de mise en uvre, efficace, des rformes. Seul un travail de recherche multidisciplinaire permettrait de les dfinir. Risquons quelques hypothses.
13Et commenons par la pdagogie par comptences .
  • 5 Publis par le Ministre de lEducation nationale marocain en 2002.
14Tous les textes des recommandations pdagogiques5, par discipline, lui consacrent un long paragraphe quils dclinent en rubriques cloisonnes : les comptences stratgiques, les comptences communicatives, les comptences mthodologiques, les comptences culturelles et les comptences technologiques. Cette fragmentation, qui se prsente comme un gage de rationalit, induit, en ralit, un mode de transfert rducteur par lequel la cohsion recherche est neutralise au nom dun scientisme destin sauvegarder limmuabilit dune culture do lexpression individuelle et lesprit critique sont bannis. Faire des comptences lenjeu majeur de lapprentissage, les dfinir, les srier en rfrence des familles de tches - problmes crites ou orales, autorise une autre forme de standardisation : la systmatisation resserre, uniformisante, exclut les savoirs non valuables et les stratgies individuelles daccs au sens.

15Un rapide coup dil jet aux comptences cls prnes dans le cadre de rfrence europen, considres comme ncessaires tous en ce quelles fondent lpanouissement personnel, linclusion sociale, la citoyennet active et lemploi, et les thmes y affrant, la rflexion critique, la crativit, lesprit dinitiative, la rsolution de problmes, lvaluation des risques, la prise de dcision et la gestion constructive des sentiments, permet de souligner quun postulat de base est luvre dans le cadre europen : la libert dexpression et daction individuelles.
16Lesprit de veille idalement vis par ces approches est, de toute vidence, contrl, modr, en une subtile complexit, par le ncessaire travail de nivellement accompagnant, en gnral, tout programme ducatif. Il nen demeure pas moins quelles semblent reposer sur un principe cohsif indit : la formation une gestion autonome du rapport au savoir et au monde cense garantir chacun larticulation de trois facettes jusque l distinctes, la culture, la vie et le mtier. Est ainsi postule, ce qui est lhorizon des grilles les plus formellement judicieuses, cette sagesse aux effets diffrs qui permet aux individus de garder les yeux ouverts.
  • 6 Dans le sens du bois qui travaille .
17Cest que la pierre angulaire sur laquelle sarticule la philosophie inhrente ce choix de formation, du moins un niveau thorique, est indissociable de la culture humaniste que lOccident a difie au cours de plusieurs sicles et au rythme ininterrompu de rvolutions et de contre - rvolutions artistiques, philosophiques, sociales et politiques. La confiance exalte dans les facults humaines a t longuement mrie. La sacralisation de lcrit et du point de vue unique, en ce qui concerne les codes de dlimitation des valeurs (le bien et le mal, le vrai et le faux, le juste et linjuste, lacceptable et le non acceptable dans laire des savoirs), en a t dfinitivement dpasse. Ltablissement, par les philosophes, les potes et les historiens, de rapports identifiables entre le progrs, lvolution des murs et la cration individuelle est, au moins depuis les Lumires et les premiers romantismes, tributaire de lmergence dun sujet libr des rgles, matre de son regard et de sa pense. Un long, et parfois violent, bouleversement sest opr dans le champ des savoirs qui a annonc la libration de la subjectivit des contraintes sociales, des idologies et des mythologies. Il a profondment travaill6 les consciences individuelles et collectives, sociales et politiques.

18Et voil que nous sommes invits, au Maroc, raliser, trs rapidement, de faon purement technique et lintrieur dun environnement culturel incompatible, la mme coupure
19Le dveloppement des comptences cls est tributaire dun travail dindividualisation et de socialisation qui dpasse largement le strict cadre de lcole. Ltude des oeuvres gagne tre assortie dune richesse et dune diversit des pratiques culturelles, telles que la lecture ou la frquentation de lieux de culture, afin daider rellement au dveloppement des capacits rflexives. Le foisonnant rseau de cration et de rception culturelles et idelles mis la disposition de llve europen est, ici, totalement absent. Le contexte social, sclros, est en rupture nette avec la culture scolaire .
20Il est un fait dsormais incontestable : la pense et la culture occidentales se sont trs tt libres de leur ancrage mytho - thologique, les intellectuels , ports par un lan prophtique ou pro gnostique , y ont assur dfinitivement lindividu que son pouvoir crateur est li sa libert subjective .
  • 7 Mohammed ARKOUN, LHumanisme arabe au IV/Xe, Paris Vrin, 1970. La Pense arabe, Paris, PUF, 6e dit (...)
21Ce nest pas exactement le cas de la culture arabe. Les travaux de recherche de penseurs modernes comme Abdallah LAROUI ou Mohammed ARKOUN7 le certifient de faon indubitable.

22Les consquences de ce dcalage historique et philosophique ne sont pas ngligeables. Des travaux de recherches relevant de la littrature et de la linguistique compares, de la psychologie historique et de lanthropologie politique devraient tre entrepris, qui nous permettront den mesurer lampleur et den sublimer les effets afin de rajuster les formations initiale et continue des formateurs, phase capitale du processus, totalement passe sous silence par la Rforme.
23Car il sagit de rduire la teneur de la tentation techniciste, rductrice et fragmentaire qui freinera invitablement toute rforme induisant laffirmation dun mode de pense individuel, structur selon les principes dautonomie et dinnovation.
24Au niveau de lenseignement suprieur et de la formation, ltouffement culturel, historique, de la subjectivit est sans aucun doute responsable de la prohibition, quasi morale, de toute manifestation dune pense critique individuelle au profit dusages ritualistes, profondment ancrs, destins maintenir et consolider les rapports traditionnels entre pouvoir et savoir.
25Il se trouve que pendant plusieurs dcennies, la ngation philosophique de lindividu a concid, en Lettres et en Sciences humaines du moins, avec, sur le plan acadmique, lviction du sujet. Lascse mthodologique que cela supposait a fait les beaux jours de lUniversit marocaine. Il a t possible de se protger sous le parapluie scurisant de structures formelles reconnaissables. La fivre des classements a gagn mme le lyce sous la forme de tabulations , vulgarisation caricaturale des procdures structuralistes.
26La course aux systmatisations laborieuses impose par une re soucieuse avant tout d'difier des absolus thoriques est dsormais dpasse, les discours post-modernes ont rhabilit le sujet et les politiques ducatives se conforment ces volutions.
27Embarrasss, mal laise, nous dveloppons malgr nous des stratgies de protection contre les dsordres que pourrait causer limplication effective, perue comme ncessairement subversive, des individus dans un processus dmancipation et douverture. Cest sans doute la raison pour laquelle plusieurs filires, dans les facults des lettres et des sciences humaines, se sont engouffres, sans aucune prcaution, dans la brche ouverte par les thories dites de la communication . Les titres des modules, dans leur tonnante dcomposition, tmoignent de la mme propension au technicisme dogmatique. En langue et littrature franaises, ltude des textes est rduite un discours objectivant et formaliste : reprer les catgories grammaticales, dresser des inventaires de figures de style (listes rduites, canoniques, retenues de faon automatique). Lesprit dinitiative est ainsi naturellement contrecarr par ladhsion aveugle, parfois exalte, des canevas mthodologiques de qualit ingale. La sensibilit la diversit culturelle, ncessaire au recul cratif, est mme parfois freine par des grilles de lecture moralisatrices. Les qualits intellectuelles, indispensables limplication permanente de chacun dans sa propre formation, sont, en consquence, affaiblies et la matrise de la langue sen trouve nglige.
  • 8 Au sens tymologique du terme : grec sumpatheia, de sun, avec, et pathein, ressentir.
28La force de ds - implication est telle quelle est imputable, de faon quasi indiffrencie, aux formateurs et aux tudiants. Ni les uns ni les autres ne sont disposs sengager dans une logique qui excderait les ressources codifiantes, classificatoires et systmatiques des discours pralables et des mthodes , pour une participation, sympathique 8, quels que soient les risques encourus, une entreprise, rflchie, structure, dappropriation.

29Cet enfermement gnralis est comme transmu en une ncessit laide de procds qui en assurent la cohrence interne. Les programmes, les modalits dvaluation, la planification matrielle des enseignements prennent infailliblement le pli
  • 9 Nous pensons aux prparations lagrgation de franais ou de philosophie.
30Cest ainsi que lors des modules consacrs lanalyse et la synthse, y compris (surtout) dans les formations de haut niveau9, un temps non ngligeable est consacr, la demande des tudiants, et de faon rptitive, la mise en place de grilles mthodologiques canoniques. Cest ainsi que les dbats dides ayant caractris une poque et qui justifient les grandes scansions historiques dune civilisation sont rduits une juxtaposition de courants . Cest ainsi que la mobilisation cohrente et raisonne des connaissances en vue de la construction dun sens, qualit requise quel que soit le type de formation en Lettres et sciences humaines, se trouve irrmdiablement dtourne au profit de la primaut accorde linstauration de mthodes. Et la rsistance adopter un point de vue critique, la mfiance vis - - vis de toute activit induisant une dmarche personnelle sont manifestes, conscientes, parfois clairement exprimes. De nouvelles mthodes sont, trangement, gnres rgulirement par un forum occulte, lointain, garant de par le mythe qui lentoure, de leur modernit ; et elles sont neutralises et remplaces de faon priodique comme pour alimenter la soif positiviste denseignants en scurit dans leur rle de simples excutants.

31Comment, dans ces conditions, parvenir transmettre lide selon laquelle le plaisir personnel dans lassimilation et le dpassement des savoirs nest pas exclusif de ladhsion aux normes, et quil peut mme en favoriser le respect ?
32Par quels moyens stratgiques peut-on faonner contre-courant le formateur modle escompt par des rformes fondes sur le souci de rejoindre une modernit qui fait de lpanouissement de lindividu une ncessit conomique, alors mme que nous voluons dans un environnement do le je est banni et o lautoritarisme est prsent jusque dans lusage et lapprentissage des langues ?
33Quelques voies, qui doivent tre empruntes en matire denseignement et de formation de faon progressive et en commenant par les cycles suprieurs, sont susceptibles de favoriser un franchissement possible de ces impasses :
    • 10 La difficult, cest que ce qui doit constituer la plateforme du renouveau est la part la plus fluc (...)
    laccroissement de la responsabilit de lenseignement des langues et des lettres10 au niveau du systme ducatif densemble ;
  • la redfinition du dcoupage traditionnel en matires ou en dpartements : lenseignement des lettres arabes et franaises, lenseignement en arabe et en franais sont probablement des atouts dont il faudrait tirer profit laide damnagements transdisciplinaires ;
  • la diversit smiotique des textes arabes et franais, et leur complexit intertextuelle devraient tre exploites, la perception interne des disciplines en serait ncessairement enrichie. Lenseignement des langues et des lettres arabe et franaise, au lieu dtre cloisonn, pourrait faire lobjet de travaux communs dhomognisation des approches, lenseignement des sciences en langue arabe pourrait tre assorti dun programme de renforcement, formellement tabli, intgr au cours de franais ;
  • la prise en compte et le rajustement de la ralit des reprsentations des langues en prsence : larabe classique est lidiome porteur de la loi religieuse et du discours politique, la langue maternelle ; le dialectal ou la darija, perptue une tradition orale dvalorise en milieu scolaire (et mdiatique) ; et le franais demeure, quoique les textes officiels veuillent le noyer dans un cumul thorique de langues trangres , une part importante de ce faisceau de langues. Cette complexit linguistique recouvre, paradoxalement, un multiculturalisme stratifi, tourment. Il sagit simplement de le reconnatre et den rentabiliser les effets grce un projet culturel visant lquilibre et lharmonie et instaurant des modes dapprciation consentie et volontaire, grs par les acteurs eux-mmes.
34Serait sans doute ainsi inaugure une entreprise dpassionne, structure, de dcloisonnement, de raccordement serein, de diffrentes facettes culturelles jusque l en situation de conflit. Serait, en consquence, assaini le rapport aux langues et garantie, voire consolide leur matrise. Plus que des significations partages, la culture correspondrait une vritable posture ontologique acceptant en son sein de multiples postulations. Ne sagit-il pas avant tout dintgrer ses altrits propres ?
  • 11 Au niveau de la formation des formateurs dans un premier temps.
35Une rvaluation de la lecture des textes littraires dans une perspective transdisciplinaire, cest--dire sur la base dun travail dhomognisation minimale des approches11, doit constituer, selon nous, le moteur le plus important de cette mutation. Car il sagit la fois, daffirmer la porte universelle de la littrature et de la rinvestir de la mission qui est la sienne : perptuer lexigence dune parole libre de lemprise des embrigadements et des carcans idologiques, matresse de ses convictions intimes. Lunit des principes de base qui rglent les consignes, ou les canevas mthodologiques, devrait permettre de secondariser les techniques au profit de la combinaison, ncessairement enrichissante, des savoirs littraires acquis en franais et en arabe et de renforcer, chez ltudiant, ou chez llve, une posture critique individuelle.






; 2014-04-17 15:57
2014-04-17, 15:50   : ( 2 )


: 12994
: Oct 2009
:
:  male
:
: 35,982 [+]
: ()
: 18732
:   has a reputation beyond repute   has a reputation beyond repute   has a reputation beyond repute   has a reputation beyond repute   has a reputation beyond repute   has a reputation beyond repute   has a reputation beyond repute   has a reputation beyond repute   has a reputation beyond repute   has a reputation beyond repute   has a reputation beyond repute



: Lenseignement du franais au Maroc, trve de relativisme culturel

36Pour ce faire, deux principes prioritaires devraient tre poss pralablement aux programmes de formation en langues et littratures arabe et franaise :
    • 12 La diversit disciplinaire devrait autoriser des niveaux dabstraction diffrents favorisant le rec (...)
    Librer lenseignement littraire de la chape techniciste qui lextriorise : renvoyer les grilles formelles prtablies au statut dinstruments dtudes prliminaires12, au lieu den faire, comme cela est le cas actuellement, une fin en soi, ce qui neutralise les effets de la rception, quils soient dordre cognitif, esthtique ou affectif ;
    • 13 Limmoralisme de Mme Bovary ou la subordination de Meursault quelque gocentrisme imprialiste (...)
    Inscrire lentreprise critique dans laire intertextuelle, largie, quelle suppose, afin de la protger des drives anecdotiques, faussement idologiques13.

37La littrature nest pas lillustration de canevas prconstruits. Le texte vaut par sa rupture avec les conventions du moment et cest cette condition quil est intgr dans le champ de lexprience esthtique, c'est--dire quil acquiert le statut doeuvre classique. En outre, les critiques littraires et les auteurs lont suffisamment dmontr, la littrature travaille sur des langages dj constitus, les uvres renvoient moins au rel quaux autres uvres. Leur lisibilit dpend donc dun dialogue intertextuel plus ou moins explicite. Plus ou moins tous les livres contiennent la fusion de quelque redite compte , crivait MALLARMÉ.
38Ces deux dimensions de la littrarit, le double fait que le texte prcde les artifices thoriques et quil se soucie peu de sa fonction documentaire, impliquent un travail danalyse autrement plus ardu que le simple inventaire des champs lexicaux ou des figures de style utilises, tabli sans obligation aucune de recherche synthtique des effets produits. Il suppose des stratgies pdagogiques tournes vers llargissement permanent des lectures personnelles.
39Peut-tre nous faut-il aussi explorer le postulat selon lequel la rception, la perception des textes littraires franais ou arabe lus par les enseignants et par les lves est guide par leur frquentation des deux littratures ? Quils soient autoriss mobiliser des dmarches multiples et des stratgies diverses de reprsentation, soumettre intelligemment les textes des clairages rciproques. Il revient lenseignant qui aura bnfici dune formation de haute exigence, dinstaurer des modes structurs, riches, intellectuellement valides de slection.
40Un travail interdisciplinaire est entreprendre aux niveaux de la cration des programmes, de la rflexion sur la formation et de lenseignement secondaire, qui permettrait ddifier un socle commun de connaissances et de dfinir des instruments non exclusifs de lecture, de telle sorte que soit enclench le processus de modification des horizons, initiateur dune authentique culture douverture.
41Force est de reconnatre que, pour lheure, les bibliothques intrieures de nos lves et de nos tudiants sont dune vacuit dsolante. Aucun effort nest jamais consenti pour la cration de bibliothques alors mme que des projets pharaoniques sont entrepris pour la gnralisation de lusage des moyens technologiques
42Cette mfiance calcule lgard du livre a, sans aucun doute, des raisons relevant de registres politiques ou sociaux que nous ne nous hasarderons pas dcrypter. Nous nous limiterons noter quelle rejoint une certaine forme dambigut dlibrment entretenue vis--vis de la culture occidentale .
  • 14 Bulletin officiel n. 41, novembre 2002, classe de seconde gnrale et technologique.
43Dans les recommandations pdagogiques officielles franaises14, il est clairement soulign que L'enseignement du franais participe aux finalits gnrales de l'ducation au lyce / / . Il contribue la constitution d'une culture par la lecture de textes de toutes sortes, principalement d'oeuvres littraires significatives. Il forme l'attention aux significations de ces oeuvres, aux questionnements dont elles sont porteuses et aux dbats d'ides qui caractrisent chaque poque, dont elles constituent souvent la meilleure expression. Par l, il permet aux lycens de construire une perspective historique sur l'espace culturel auquel ils appartiennent. Et, plus loin, il apporte la formation du citoyen, avec la connaissance de l'hritage culturel, la rflexion sur les opinions et la capacit d'argumenter.

  • 15 Journes de formation des professeurs de franais, Ministre de lÉducation Nationale, juin 2002, p (...)
44Les textes officiels marocains se limitent justifier le recours aux textes littraires par le fait quils garantissent lacquisition progressive dun savoir encyclopdique, littraire et culturel pour une meilleure connaissance de la langue cible et lacquisition de savoirs instrumentaux permettant la rsolution de problmes de lecture et dinterprtation de divers types de textes essentiellement littraires15.

45Les rdacteurs de ce document nignorent sans doute pas que le texte littraire nest pas le dpositaire de lusage le plus juste et le plus parfait de la langue puisquil se dfinit justement par sa propension en dnoncer les infirmits, voire linauthenticit ou le leurre, par toutes sortes de transgressions (ou de transmutations). La littrature est, certes, en relation avec le langage mais la logique qui les lie nest ni descriptive ni expressive. Les uvres littraires constituent sans doute la meilleure expression des dbats dides, elles sont porteuses deffets esthtiques qui les haussent bien au-dessus du constat platement commun que la littrature est un art langagier, un art des mots. Plus que le perfectionnement langagier (la matrise de la langue est la condition premire daccs aux textes, elle doit donc tre en partie dj l), elles permettent aux lves de dvelopper leur curiosit et de nourrir leur imaginaire. Aucune place nest laisse ces deux vecteurs de la pense dans les documents officiels marocains, la littrature tant renvoye une fonction exclusivement instrumentale et patrimoniale ...
  • 16 Cette catgorisation est emprunte Par Tzvetan TODOROV Saint Augustin : ... saint Augustin dcrit (...)
  • 17 Le mode de vrit qui prvaut actuellement (et depuis peu) du primaire lUniversit est celui dc (...)
46Les enseignants du secondaire sont appels user du texte littraire, il faut quils apprennent dabord en jouir16. Car, disons - le, mme si cela doit paratre vident, le plaisir de lire sacquiert et se transmet et il constitue indniablement la source premire et continue de lesprit de dcouverte et du contrle actif des connaissances17.


Haut de page Bibliographie

Rapport de la COSEF sur la mise en uvre de la rforme du systme dducation et de formation (1999-2004).
Journes de formation des professeurs de franais, Ministre de lÉducation Nationale, juin 2002.
ADAM, J.-M. (1996), Les Textes, types et prototypes, Nathan Universit, 3e dition.
ARKOUN, M. (2006), Humanisme et Islam, Librairie philosophique J. Vrin, d. Marsam. LHumanisme arabe au IV/Xe (1970), Paris Vrin. La Pense arabe (2003), Paris, PUF, 6e dition.
LAROUI, Abdallah (1974), La Crise des intellectuels arabes, traditionalisme ou historicisme, Paris, La Dcouverte. / Islam et Histoire (2000), Albin Michel. / Islam et modernit, 2002, La Dcouverte.
BOURDIEU, P. (1992), Les Rgles de lart, Seuil.
CHISS, J.-L. (1995), Didactique du franais, tat dune discipline, Nathan Pdagogie.
KERBRAT ORECCHIONI, C. (1986), LÉnonciation, Armand Colin.
LEGENDRE, P. (1994), Dieu au miroir. Étude sur linstitution des images, Fayard.
TODOROV, T. (janvier 2007), La Littrature en pril, Flammarion.
VECK, B. (1994), La Culture littraire au lyce, des humanits aux mthodes, INRP.

Haut de page
Notes

1 Rapport de la COSEF sur la mise en uvre de la rforme du systme dducation et de formation (1999-2004).
2 A la rentre de septembre 2002, les professeurs de franais exerant dans le cycle secondaire qualifiant ont t appels mettre en application un nouveau programme conu autour de la notion de Projet pdagogique et ltude de luvre littraire intgrale aborde dans son contexte socioculturel. Aprs une trentaine dannes de rgne ininterrompu des approches communicatives , mthodes dacquisition exclusivement fonctionnelle de la langue et donc dviction calcule de toute dimension culturelle , voil que luvre littraire rintgre le cours de franais o elle est mme invite rgner en support exclusif !
3 Rapport de la COSEF
4 Qui concerne en particulier la matrise du franais.
5 Publis par le Ministre de lEducation nationale marocain en 2002.
6 Dans le sens du bois qui travaille .
7 Mohammed ARKOUN, LHumanisme arabe au IV/Xe, Paris Vrin, 1970. La Pense arabe, Paris, PUF, 6e dition, 2003. Humanisme et Islam, Combats et propositions, Librairie philosophique J. VRIN, dition Marsam, 2006. Abdallah LAROUI : La Crise des intellectuels arabes, traditionalisme ou historicisme, Paris, La Dcouverte, 1974. Islam et Histoire, Albin Michel, 2000. Islam et modernit, La Dcouverte, 2002.
8 Au sens tymologique du terme : grec sumpatheia, de sun, avec, et pathein, ressentir.
9 Nous pensons aux prparations lagrgation de franais ou de philosophie.
10 La difficult, cest que ce qui doit constituer la plateforme du renouveau est la part la plus fluctuante des domaines de connaissance.
11 Au niveau de la formation des formateurs dans un premier temps.
12 La diversit disciplinaire devrait autoriser des niveaux dabstraction diffrents favorisant le recul ncessaire la perception du caractre inpuisable des jeux taxinomiques.
13 Limmoralisme de Mme Bovary ou la subordination de Meursault quelque gocentrisme imprialiste occidental etc. ne sont que des exemples parmi dautres de blocages moralisateurs.
14 Bulletin officiel n. 41, novembre 2002, classe de seconde gnrale et technologique.
15 Journes de formation des professeurs de franais, Ministre de lÉducation Nationale, juin 2002, p. 4.
16 Cette catgorisation est emprunte Par Tzvetan TODOROV Saint Augustin : ... saint Augustin dcrit la diffrence entre les sentiments que lon porte Dieu et aux hommes : de toute chose comme de tout tre on peut user en vue dune fin qui les transcende, de Dieu seul on doit se contenter de jouir. La Littrature en pril, Flammarion, janvier 2007, p. 40.
17 Le mode de vrit qui prvaut actuellement (et depuis peu) du primaire lUniversit est celui dcoulant des tudes islamiques !
Haut de page
Pour citer cet article

Rfrence lectronique

Soumya El-Harmassi, Lenseignement du franais au Maroc, trve de relativisme culturel , Trma [En ligne], 30 | 2008, mis en ligne le 01 novembre 2010, Consult le 16 avril 2014. URL : http://trema.revues.org/155
Haut de page
Auteur

Soumya El-Harmassi

Professeur de lEnseignement suprieur, École Normale Suprieure de Mekns (Maroc)
Articles du mme auteur

Comment insuffler une anthropologie laque dans lducation et la formation au Maroc ? [Texte intgral]
 

« | »


:



15:17   Profvb en Alexa Profvb en Twitter Profvb en FaceBook xhtml validator css validator


- Profvb - - - -



Powered by vBulletin® Copyright ©2000 - 2020, Jelsoft Enterprises Ltd