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2013-02-08, 21:54
 

       
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c5 Les Lettres persanes--- Montesquieu





Les Lettres persanes


Lettre 11 (1721)o


Montesquieu






Les lettres persanes publies en 1721 se prsentent comme un roman pistolaire. Au dbut du 18me sicle, le roman est un genre mal considr. Montesquieu choisit la fiction du roman pistolaire pour donner une prtendue authenticit au rcit et aux critiques quil prsente dans cet ouvrage et chapper la condamnation dun genre bas. Lexotisme est la mode, Montesquieu peut esprer un succs auprs du public. Le roman pistolaire permet de multiplier les points de vues et amener le lecteur adopter le regard de ltranger.

L'extrait ci-dessous estl'histoire des Troglodytes ,le rcit se trouve dans un groupe de lettres appartenant la 1re partie qui relve des rcits de voyage (lettres 1 23). Lapologue dont nous allons tudier la conclusion (lettres 11 14) et qui constitue la rponse du sage Usbeck son ami Mirza rester en Perse qui lui demandait dexpliciter sa pense quand il affirmait " [que] les hommes sont ns pour tre vertueux, et [que] la justice est une qualit propre lexistence ". Mirza et Usbeck rflchissaient alors un sujet trs dbattu en cherchant dterminer " si les hommes taient heureux par les plaisirs et la satisfaction des sens ou par la pratique de la vertu ".

Montesquieu prte ici Usbeck une parabole pseudo historique pour exposer son point de vue sur le bonheur et la vertu. Or Montesquieu traite de thmes essentiels ses yeux puisque les analyses des diffrentes formes de pouvoir seront longuement dveloppes dans luvre de toute sa vie (De lEsprit des lois) mais sans changer les conceptions quil prsente ici sous la forme de mythe afin de mieux frapper ses contemporains.









USBEK A MIRZA, Ispahan,o


Tu renonces ta raison pour essayer la mienne; tu descends jusqu' me consulter; tu me crois capable de t'instruire. Mon cher Mirza, il y a une chose qui me flatte encore plus que la bonne opinion que tu as conue de moi: c'est ton amiti, qui me la procure.
Pour remplir ce que tu me prescris, je n'ai pas cru devoir employer des raisonnements fort abstraits. Il y a de certaines vrits qu'il ne suffit pas de persuader, mais qu'il faut encore faire sentir: telles sont les vrits de morales. Peut-tre que ce morceau d'histoire te touchera plus qu'une philosophie subtile.
Il y avait en Arabie un petit peuple, appel Troglodyte, qui descendait de ces anciens Troglodytes qui, si nous en croyons les historiens, ressemblaient plus des btes qu' des hommes. Ceux-ci n'taient point si contrefaits, ils n'taient point velus comme des ours, ils ne sifflaient point, ils avaient des yeux; mais ils taient si mchants et si froces, qu'il n'y avait parmi eux aucun principe d'quit ni de justice.
Ils avaient un roi d'une origine trangre, qui, voulant corriger la mchancet de leur naturel, les traitait svrement; mais ils conjurrent contre lui, le turent, et exterminrent toute la famille royale.
Le coup tant fait, ils s'assemblrent pour choisir un gouvernement; et, aprs bien des dissensions, ils crrent des magistrats. Mais peine les eurent-ils lus, qu'ils leur devinrent insupportables; et ils les massacrrent encore.
Ce peuple, libre de ce nouveau joug, ne consulta plus que son naturel sauvage. Tous les particuliers convinrent qu'ils n'obiraient plus personne; que chacun veillerait uniquement ses intrts, sans consulter ceux des autres.
Cette rsolution unanime flattait extrmement tous les particuliers. Ils disaient: Qu'ai-je affaire d'aller me tuer travailler pour des gens dont je ne me soucie point? Je penserai uniquement moi. Je vivrai heureux: que m'importe que les autres le soient? Je me procurerai tous mes besoins; et, pourvu que je les aie, je ne me soucie point que tous les autres Troglodytes soient misrables.
On tait dans le mois o l'on ensemence les terres; chacun dit: je ne labourerai mon champ que pour qu'il me fournisse le bl qu'il me faut pour me nourrir; une plus grande quantit me serait inutile: je ne prendrai point de la peine pour rien.
Les terres de ce petit royaume n'taient pas de mme nature: il y en avait d'arides et de montagneuses, et d'autres qui, dans un terrain bas, taient arroses de plusieurs ruisseaux. Cette anne la scheresse fut trs grande; de manire que les terres qui taient dans les lieux levs manqurent absolument, tandis que celles qui purent tre arroses furent trs fertiles: ainsi les peuples des montagne prirent presque tous de faim par la duret des autres, qui leur refusrent de partager la rcolte.
L'anne d'ensuite fut trs pluvieuse: les lieux levs se trouvrent d'une fertilit extraordinaire, et les terres basses furent submerges. La moiti du peuple cria une seconde fois famine; mais ces misrables trouvrent des gens aussi durs qu'ils l'avaient t eux-mmes.
Un des principaux habitants avait une femme fort belle; son voisin en devint amoureux, et l'enleva: il s'mut une grande querelle; et, aprs bien des injures et des coups, ils convinrent de s'en remettre la dcision d'un Troglodyte qui, pendant que la rpublique subsistait, avait eu quelque crdit. Ils allrent lui, et voulurent lui dire leurs raisons. Que m'importe, dit cet homme, que cette femme soit vous, ou vous? J'ai mon champ labourer; je n'irai peut-tre pas employer mon temps terminer vos diffrends et travailler vos affaires, tandis que je ngligerai les miennes; je vous prie de me laisser en repos, et de ne m'importuner plus de vos querelles. L-dessus il les quitta, et s'en alla travailler ses terres. Le ravisseur, qui tait le plus fort, jura qu'il mourrait plutt que de rendre cette femme; et l'autre, pntr de l'injustice de son voisin et de la duret du juge, s'en retournait dsespr, lorsqu'il trouva dans son chemin une femme jeune et belle, qui revenait de la fontaine. Il n'avait plus de femme, celle-l lui plut; et elle lui plut bien davantage lorsqu'il apprit que c'tait la femme de celui qu'il avait voulu prendre pour juge, et qui avait t si peu sensible son malheur: il l'enleva, et l'emmena dans sa maison.
Il y avait un homme qui possdait un champ assez fertile, qu'il cultivait avec grand soin: deux de ses voisins s'unirent ensemble, le chassrent de sa maison, occuprent son champ; ils firent entre eux une union pour se dfendre contre tous ceux qui voudraient l'usurper; et effectivement ils se soutinrent par l pendant plusieurs mois; mais un des deux, ennuy de partager ce qu'il pouvait avoir tout seul, tua l'autre et devint seul matre du champ. Son empire ne fut pas long: deux autres Troglodytes vinrent l'attaquer; il se trouva trop faible pour se dfendre, et il fut massacr.
Un Troglodyte presque tout nu vit de la laine qui tait vendre: il en demanda le prix; le marchand dit en lui-mme: Naturellement je ne devrais esprer de ma laine qu'autant d'argent qu'il en faut pour acheter deux mesures de bl; mais je la vais vendre quatre fois davantage, afin d'avoir huit mesures. Il fallut en passer par l, et payer le prix demand. Je suis bien aise, dit le marchand; j'aurai du bl prsent. Que dites-vous? reprit l'tranger; vous avez besoin de bl? J'en ai vendre: il n'y a que le prix qui vous tonnera peut-tre; car vous saurez que le bl est extrmement cher, et que la famine rgne presque partout: mais rendez-moi mon argent, et je vous donnerai une mesure de bl; car je ne veux pas m'en dfaire autrement, dussiez-vous crever de faim.
Cependant une maladie cruelle ravageait la contre. Un mdecin habile y arriva du pays voisin, et donna ses remdes si propos, qu'il gurit tous ceux qui se mirent dans ses mains. Quand la maladie eut cess, il alla chez tous ceux qu'il avait traits demander son salaire; mais il ne trouva que des refus: il retourna dans son pays, et il y arriva accabl des fatigues d'un si long voyage. Mais bientt aprs il apprit que la mme maladie se faisait sentir de nouveau, et affligeait plus que jamais cette terre ingrate. Ils allrent lui cette fois, et n'attendirent pas qu'il vnt chez eux. Allez, leur dit-il hommes injustes, vous avez dans l'me un poison plus mortel que celui dont vous voulez gurir; vous ne mritez pas d'occuper une place sur la terre, parce que vous n'avez point d'humanit, et que les rgles de l'quit vous sont inconnues: je croirais offenser Dieu, qui vous punit, si je m'opposais la justice de leur colre.o
A Erzeron, le 3 de la lune de Gemmadi 2, 1711 o


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oBonne lectureo





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